Racines nues : pourquoi on ne plante (et on n’expédie) pas en octobre

(Et pourquoi fin février – début mars est souvent le meilleur moment)

Chaque année, les mêmes questions reviennent : « Vous pouvez m’envoyer mes arbres racines nues maintenant ? »
La réponse est non. Voici pourquoi, en suivant le vrai rythme physiologique des plantes.

1. La mise en réserve des sucres (fin d’été – automne)

À partir de la fin de l’été, l’arbre change de stratégie.
Au lieu de produire de nouvelles pousses, il commence à stocker des réserves (principalement des sucres et de l’amidon) dans les racines, le collet et les parties basales des branches.
La chute naturelle des feuilles est le signal que ce processus est bien engagé.
Tant que les feuilles sont encore présentes, une partie de l’énergie part encore dans la photosynthèse et le maintien du feuillage.
C’est seulement quand les feuilles tombent naturellement que l’arbre a vraiment terminé de mettre ses réserves à l’abri.
Arracher un arbre avant cette étape, c’est l’empêcher de stocker les réserves dont il aura besoin au printemps pour redémarrer.
verger aux feuilles orangées
Scion de nashi prenant sa belle couleur rougeoyante et se préparant à tomber ses feuilles

2. Le repos végétatif (dormance vraie)

Une fois les feuilles tombées et les températures baissées, l’arbre entre en repos végétatif.
Pendant cette période (généralement de décembre à février selon les espèces et le climat) :

  • Il ne se passe rien au niveau de la croissance
  • Les échanges avec le sol sont très réduits, seule une hydratation minimale est recherchée,
  • La plante est en mode « économie d’énergie »

C’est précisément à ce moment-là que l’on peut déplacer les arbres en racines nues avec le moins de stress possible.


C’est donc à cette période que nous procédons aux arrachages.

Dans la réalité d’une petite pépinière, cela se traduit souvent par une course contre la montre en fin d’année : il faut tout arracher à la main, dans un temps très court, pour que les clients puissent recevoir leurs arbres rapidement.

Cette concentration du travail sur quelques jours est particulièrement exigeante, et elle répond en grande partie à des attentes de délais qui ne correspondent pas au rythme réel des plantes mais plutôt à ce que les humains imaginent.

Apex de scion de pommier en croissance fin novembre

Jeune pommier encore en croissance fin novembre

3. Le débourrement et la reprise d’activité

À la fin de l’hiver, quand les températures remontent et que les jours allongent, l’arbre sort de dormance. C’est le débourrement :

  • Les réserves stockées sont mobilisées pour faire gonfler et ouvrir les bourgeons
  • Dans le même temps, les racines recommencent à explorer le sol et à absorber l’eau et les éléments minéraux

C’est un moment critique : l’arbre consomme beaucoup d’énergie.
S’il a été arraché trop tôt ou mal stocké, ses réserves sont insuffisantes et la reprise devient aléatoire.

  Quelle est alors la période idéale pour planter ?

La meilleure fenêtre se situe pendant le repos végétatif (décembre-mars) et idéalement juste avant le débourrement, c’est-à-dire généralement :

de début février à début mars

À ce moment-là :

  • L’arbre est encore en repos (donc pas de stress à l’arrachage et à la plantation)
  • Mais il va bientôt redémarrer et pourra rapidement installer de nouvelles racines dans son nouveau sol

C’est le meilleur compromis entre respect de la physiologie de la plante et chances de reprise.

 Sainte-Catherine : ce qu’on vous raconte… et la réalité

Vous avez tous entendu le proverbe :

« À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine. » et vous ne voulez pas manquer le créneau.

Ce dicton concerne en réalité les boutures à bois dur (saules, cornouillers, sureaux, viornes…), pas les arbres greffés en racines nues.


Il a été largement récupéré et dévoyé par certains acteurs de la distribution pour justifier des arrachages précoces et écouler les stocks le plus tôt possible pour libérer la place et passer à autre chose.

Résultat : on voit arriver sur le marché, dès octobre, des arbres défoliés artificiellement, souvent à l’aide de produits chimiques, puis stockés en chambre froide (dans le meilleur des cas).


Ces méthodes permettent de commercialiser plus tôt, mais elles amputent les réserves de la plante et réduisent nettement les chances de reprise.

Notre position de pépiniériste producteur

En tant que vraie pépiniériste, c’est à dire : productrice, mon objectif n’est pas de vendre le plus tôt possible, ni de transformer les arbres en produits de grande distribution.
Mon objectif est de vous fournir des arbres qui ont les meilleures chances de reprise.
C’est pour cette raison que nos plants restent en terre jusqu’à ce que leur cycle naturel soit bouclé.
On n’utilise pas de défoliants chimiques.
On n’arrache pas avant que les réserves soient correctement constituées.
On produit des arbres destinés à reprendre et à s’installer durablement, pas des produits calibrés pour être vendus le plus vite possible.
La patience et le respect du rythme des plantes restent, encore aujourd’hui, les meilleurs alliés d’une plantation réussie.
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